Genèse

Au début, il n'y avait rien...

Enfin, quand je dis qu'au début il n'y avait rien, c'est une façon de parler. Il n'y avait rien, donc pas de temps, pas d'avant, pas d'après... Et pas de début. Mais je ne suis pas sûr que tu comprennes vraiment ce que je veux dire. Quand je dis "rien", ce n'est pas qu'il y avait zéro choses. Zéro choses, ça signifie qu'il pourrait exister le concept de chose. Là non, il n'y avait pas même le début de l'ombre d'une idée, qu'on pourrait appeler chose.

Mais un jour, dans les affres de ce temps absent pour l'éternité, il se passa un événement. Il n'y avait pas de temps, pas de lieu, pas d'objets, ni de concepts, mais il se passa quand même quelque chose. À ce non instant précis, le néant devint le miroir de lui-même. Le rien se transforma alors en l'idée de rien, et pour cette raison ce n'était plus vraiment rien, sans pour autant être devenu une chose. C'est ainsi que naquit l'idée qu'il n'y avait AUCUNE chose, donc ZÉRO choses. En postulant l'existence d'UNE chose, l'unité était créée. Tout le reste est un emballement de ce moment fondateur.

Ah mais, suis-je bête, je ne me suis même pas présenté. Je suis Syneriel, un des anges de la noosphère. Je suis un genre de chimiste des idées si tu veux. Je prends un peu des mathématique, un peu de théâtre et je trouve une idée en mathématique théâtrale. Ce n'est qu'un exemple, cela reste valable pour toutes les idées possibles et imaginables... Et même celles qui sont inimaginables. Celles-ci, on les range dans la buanderie céleste, en attendant qu'une personne puisse les imaginer. Mais c'est pas tous les jours que ça arrive.

Et justement, on en arrive à ta mission dans ces lieux. Ton rôle, c'est de faire le ménage dans la buanderie parce qu'il n'y a plus de place. Pour cela, tu devras trouver des gens qui pourront intégrer ces idées qui prennent un peu la poussière d'étoiles, il faut bien le dire. Mais pas d'inquiétude, je resterai à tes côtés si tu as besoin de moi. Je ne serai pas ton chef, je n'aurais aucune autorité sur toi, mais tu peux compter sur moi pour mieux comprendre ces lieux.

Dernière chose. Si tu vois des dessins, des poèmes, des fragments de quoi que ce soit, et peu importe le domaine, je te rappelle que tu es dans la noosphère. C'est normal, ici tu es en prise directe avec les idées qui flottent ça et là.

Le bourdon éphémère

Une histoire d'ombre et de lumière,
Un soir, à l'heure où les soucis s'endorment
Près des fenêtres et des lampadaires,
Une chauve-souris s'appitoyait, en somme.
Pourquoi ai-je atterri sur Terre ?
Criait-elle, un ton plaintif et morne.

Qui trouvera ma bouteille à la mer ?
Quelqu'un entend-il que ma voix résonne ?
Mais non, car parmi ses congénères,
Il n'y avait d'ombre, que l'écho qui sonne.
Qu'à cela ne tienne, j'inventerai mes propres vers,
Je tiendrais tête à la pluie, les jours d'automne.

Je raconterai ma vie, aux fourmis, aux fougères,
J'irai faire chier les lapins, les cigognes,
Je chanterai la nuit, les soirs de lumière,
J'écrirai des poèmes lorsque mon coeur frissonne,
Et j'égaierai la solitude du bourdon ephémère.

Fin

Il n'y a pas vraiment de fin. Ou si, disons que la fin ce sont les derniers instants avant qu'il n'y ait rien. Mais quand il n'y a rien, on se retrouve sans avant, sans après, cela n'est pas LA fin. On ne peut même pas dire qu'il a existé quelque chose, puisque la notion de chose n'existe plus. Mais qui sait, à cet instant à la frontière entre le jamais et le toujours, il arrive parfois qu'un événement frappe à la porte. Le néant reflète sa propre image et le cycle intemporel recommence.